Allegria un shoot de vitalité

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Un petit blues d’automne ? C’est l’occasion de voir Allegria à Chaillot d’ici le 5 Décembre. Les danseurs de Kader Attou y réalisent une flamboyante poésie visuelle. Huit B-boys de la compagnie Accrorap explorent le sentiment Joie avec beaucoup de fraîcheur et de générosité. Relevant du Break-dance, la chorégraphie puise l’énergie et la virtuosité du hip-hop dans une scénographie épurée au service des lumières.

@ Laurent Philippe

Décaler le Breakdance

En 2008, Kader Attou était le premier chorégraphe issu du Hip hop nommé à la tête d’un Centre Chorégraphique National, celui de La Rochelle. Depuis une vingtaine d’années, il institutionnalise la danse dite « de rue » en créant des spectacles « de salle ».

Sur scène, la partition est un enchaînement de phrases collectives tuillées avec des « battles » dans lequels émergent des solos. Les dislocations fluides et désarticulées de Sulian Rios détonnent comme les « Freeze » sur un bras de Gaetan Alin. La performance technique est bien au rendez-vous. Le vocabulaire est constitué de figures comme les « Headskins » ou pirouettes sur la tête, les « Thomas » ou cercles de jambes sur les mains, les « Coupoles » ou rotations du corps sur les épaules parmi d’autres. Un lexique « de la rue » aussi riche que les autres danses dites académiques.

Le Breakdance est une des composantes de la culture Hip hop aux côtes du RAP ou des graffitis. A l’origine, le Breakdance dégageait une certaine violence. On se taquine. On se provoque. Sorti du contexte urbain, le Breakdance s’assagit, voire s’aseptise, dans les salles feutrées. On a perdu l’esprit de la rue en conservant l’énergie et la joie du gang au service d’une danse allègre.

@ Laurent Philippe

Une poésie visuelle

La scénographie créée par Camille Duchemin évolue en cours de représentation. D’abord, le plateau est vide et le fond de scène est un rideau noir. Puis, le rideau s’éleve dans les cintres. Un cadre rectangulaire blanc représentant une scène de théâtre constitue le fond de scène.

Les danseurs évoluent alors sur les deux plans. Sur le plan horizontal, ils font surtout des traversées de plateau seuls, ou à plusieurs, et des battles sous la forme de mouvements circulaires. Et sur un plan vertical, c’est à dire dans le cadre blanc, ils traversent sur une ligne en réalisant des tableaux comme une mise en abyme du spectacle dans le spectacle.

La scénographie blanche capte impeccablement bien les lumières créées par Fabrice Crouzet. L’espace plonge dans des tonalités monochromes douces allant de l’ocre au bleu clair. Puis, les lumières évoluent vers des couleurs plus intenses comme le rouge vermeil ou le bleu roi.

@ Justine Jugnet

Une faiblesse narrative

Quel est le fil de cette traversée dans la Joie ? Il est décousu… Au début, un jeune homme entre sur le plateau avec une grosse valise à la main. Il s’arrête au milieu de la scène et pose sa valise. D’autres jeunes hommes le rejoignent. Ils se chamaillent. On ne comprend pas vraiment pourquoi … Un jeu muet qui se veut comique s’ensuit. Le jeune homme quitte la scène et la danse apparaît. Il réapparaît avec cette même valise qui dévoile des pouvoirs magiques. Sans logique ni cohérence, les situations s’enchaînent en provoquant la danse. Pas d’intellectualisation. Alors on lâche prise…

On aurait pu regretter la faiblesse narrative. Finalement, la sensation l’a emporté. Le chorégraphe avait annoncé la couleur : il ne voulait pas « être dans un ballet intello ». Objectif atteint. Il suffit de se laisser porter par la virtuosité des danseurs, la musique joyeuse et les couleurs. Un joli moment pour rentrer dans l’hiver.

A voir jusqu’au 5 décembre au Théâtre national de la Danse Chaillot.

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