Bells and spells l’âme des Chaplin

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Bells and spells fait résonner avec poésie la grâce des Chaplin au théâtre de l’Atelier. La dernière création de Victoria Thierré Chaplin s’inscrit avec harmonie dans cette scène de la butte montmartre déjà chargée d’histoire.

© Lucie Jansch

Emmenée par une sélection de musiques réunissant notamment René Aubry, Jean-Sébastien Bach et Christopher Chaplin, les personnages virvoltent avec finesse et fantaisie dans différents univers. Au début, les personnages patientent, assis face public, dans une salle d’attente. Le bruit d’une sonnette provoque l’entrée du patient situé à droite et chaque personne se décalle d’une place de gauche à droite. Rapidement la situation glisse du mystérieux à l’absurde lorsque les personnages réapparaissent les uns après les autres, sortant par une porte et réapparaissent par une autre. Une jeune femme interompe la ronde lorsqu’elle s’apprête à voler la photo d’un homme accrochée au mur. Etrangement, le mur du fond s’ouvre provoquant une errance poétique de cette jeune femme cleptomane.

La poésie de Chaplin

Sans lien apparent, les scènes s’enchaînent et le voyage glisse d’un monde à l’autre. La jeune femme danse un Tango avec le militaire de la photo puis les pas de danse se transforment subtilement en claquettes. Les basculements sont articulés autour d’objets-charnières. Par exemple, l’épaulette du danseur-militaire devient une claquette ou plus tard un abbat-jour de verre devient un visage. Ainsi, les univers se tuilent avec naïveté et inventivité. Les spectateurs flottent au travers de mondes candides. On oublierait même que la jeune fille dérobe compulsivement les objets qu’elle trouve sur son chemin.

Sa silhouette fluette et innocente traverse les situations avec fantaisie. Elle enchaîne les apparitions-disparitions comme des tours de magie d’antan. Une poésie à la Chaplin qui malgrè les petites erreurs de manipulation déclenche les sourirs et l’émerveillement des spectateurs.

© Lucie Jansch

Stimuler l’imaginaire

Avec beaucoup de poésie, les situations sont suggérées c’est à dire que les personnages prennent forme dans l’imaginaire des spectateurs grâce à des marionnettes ou par des symboles. Un accessoire (ou signifiant) a ainsi plusieurs signifiés comme un cintre qui se transforme en bec d’animal, une lampe qui devient un visage ou des portes-manteaux embriqués qui deviennent un animal géant.

Différentes disciplines sont convoquées comme le théâtre, le mime, la danse, la marionnette ou la magie. Toute une palette de techniques tuilées avec délicatesse et surprise. Le fil conducteur est la déambulation de la jeune femme qui accumulant des objets se retrouve punie lorsqu’elle rentre chez elle. En effet, sa nourriture et ses vêtements se colorent d’un noir tacheté comme symbole de pourriture. Cette matière envahie ses possessions jusqu’à l’absorber elle-même dans un tissu ‘pourri’. Après un passage au nettoyage, elle se retrouve suspendue à un fil de linge à côté de grands draps blancs, symbole d’une sortie de purgatoire. La boucle est bouclée lorsqu’elle retourne dans la salle d’attente.

© Lucie Jansch

Au bout du compte, chacun se raconte sa propre histoire. Là où nous voyons un voyage thérapeuthique qui soigne des pulsions cleptomaniques d’autres y verront autre chose. Ce spectacle est bel et bien vivant. Un monde réel des vivants comme en témoignent les petites imperfections d’exécution qui nous envoie une vague d’humanité. Ca fait un bien fou : standing ovation !

Bells ans Spells se joue au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 12 mai

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