La Locandiera, entre amour et liberté

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Photo prise avant la représentation

Les sorties faites sur un coup de tête réservent parfois de très belles surprises. Le seul moyen d’obtenir un billet pour La Locandiera était d’aller au Petit Guichet de la Comédie française qui délivre des places à visibilité réduite pour 5€. Ce bon plan de dernière minute a été un formidable moment.

La mise en scène d’Alain Françon nous embarque avec entrain dans un stratagème de séduction mené par Mirandolina, la locandiera. L’histoire écrite en 1753 par Carlo Goldoni défile à vive allure et les moindres inflexions de l’écriture son merveilleusement pointées par la mise en scène notamment à l’acte trois.

Copyright @ Christophe Raynaud de Lage

A la mort de son père, la jeune aubergiste a repris la direction de l’établissement familial. Mirandolina est une patronne orpheline et célibataire. Elle est ainsi libre des obligations de la famille, des contraintes de l’amour et des pressions professionnelles. Elle est une femme sans homme (ni père, ni maître, ni mari). Cette situation lui convient puisque Mirandolina tient à distance des prétendants qui la complimentent et lui offrent des cadeaux. Jeune bourgeoise besogneuse, elle tient son auberge avec soin et fermeté. Mais, l’arrivée du chevalier de Ripafratta, mysogine et présomptueux, va déstabiliser cet équilibre. Piquée dans son orgueil alors qu’il critique son travail, elle va tout faire pour qu’il tombe amoureux d’elle. Ce jeu de séduction les conduisent dans une situation inattendue puisqu’ils vont développer des sentiments amoureux malgré eux. Prise à son propre jeu, Mirandolina se retrouve face à un dilemme : doit-elle renoncer à sa liberté pour vivre son amour avec le chevalier ?

Copyright photo @ Christophe Raynaud de lage

La dialectique de l’amour et de la liberté

Mirandolina ne veut pas se marier car elle estime trop sa liberté. Les jeux de séduction qu’elle entreprend avec le chevalier révèlent ses propres sentiments. La subtilité du jeu de Florence Viala souligne merveilleusement les contradictions de l’aubergiste. Elle est une Mirandolina vraie et débordante de sincérité. Au début de l’acte trois, l’héroïne affirme qu’elle n’aime pas Fabrizio : « Moi, amoureuse d’un valet. Vous me faites là, Monsieur, un joli compliment : je n’ai pas si mauvais goût ». Mais au final, elle décide de l’épouser sous prétexte que son défunt père lui avait demandé. Le duo Viala-Varupenne excelle dans un jeu de chat et de souris. Tout en laissant paraître l’ambiguïté de ses sentiments, alors qu’elle est en train de repasser, la locandiera esquive les aveux du chevalier par des rires moqueurs. Mirandolina sait qu’en reconnaissant l’amour du chevalier, elle va perdre sa liberté et le contrôle de sa vie. C’est pourquoi, elle choisit de se tourner vers Fabrizio, son valet.

Une forme naturaliste

Les interprétations réalistes de Viala et Varupenne contrastent avec le jeu des personnages secondaires plus proches de la commedia dell’arte. Ce décalage donne du relief à la sincérité des personnages pris dans le jeu de séduction. La scénographie et les costumes sont sobres. L’ensemble des composants dessine un tableau aux tons ocre, terracotta beige et marron qui nous transporte dans une toscane simple et sans chichi. Les objets tels que le mouchoir, la fiole et le fer à repasser ont également leur importance. Le fer, à la fois dur et brûlant, est une véritable arme contre les aveux du chevalier. Mirandolina s’en sert d’une part comme prétexte pour appeler son valet ce qui interrompt les déclarations de son prétendant et d’autre part comme repoussoir en le brûlant.

La manipulation amoureuse de Mirandolina se développe ainsi avec justesse dans une simplicité formelle et efficace. Nous sortons de là enchantés avec en échos la dernière réplique : « Ouf ! encore une chose de faite » et plutôt bien faite.

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