Les deschiens de Navarre

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Après l’identité nationale, les Chiens de Navarre s’attaquent à la Famille. Pour Tout le monde ne peut pas être orphelin, ils ont invité deux Deschiens à un Noël familial. Une filiation évidente tant Olivier Saladin et Lorella Cravotta se fondent dans le collectif. Les Chiens, héritiers des Deschiens ? Dans la grande halle de La Villette, le courant passe plutôt bien alors qu’éclatent les névroses familiales.

@ Philippe Lebruman

L’hyperbole de la famille

Au fil de leur exploration de l’Humanité, les Chiens rongent les sujets avec une inépuisable créativité. Cette fois, toujours sous la direction de Jean-Christophe Meurisse, le collectif taille à la tronçonneuse les démons de la filiation. La famille apparaît comme le lieu des relations impossibles, des amours mal exprimés, des tensions insoutenables dont personnes n’échappent, sauf les orphelins. L’effet cathartique est garanti.

Les situations choisies avec justesse sont déchiquetées dans la démesure. Les hyperboles jaillissent et nous renvoient à notre propre histoire. On touche l’envie littérale de tuer le père. Tout cela est joué avec une nudité débraillée, les pétages de plombs vociférés et des « prout-pipi-caca » outranciers. Les situations burlesques, voire grotesques s’enchaînent. On nage en plein délire.

@ Philippe Lebruman

Fuir l’ennui par l’improvisation

Les lâcher-prises des Chiens de Navarre reposent sur de longues phases d’improvisation ponctuées par des rendez-vous repérables par une parole, un événement ou un bruit. Ce jeu sur le qui-vive ouvre les portes de l’inconscient qui révèle l’authenticité. On apprivoise le ridicule. C’est jubilatoire.

Les personnages caricaturaux oscillent entre le jeu et le non-jeu. Constamment sur le plateau, ils entrent et sortent du focus de l’action. Leur présence permanente crée une atmosphère d’inachevé où chaque comédien est prêt à bondir dans l’action.

@ Philippe Lebruman

Un certain art du tragi-comique

Entre le tragique et le comique, l’interstice est poreux. Les éclats de rire à répétition relâchent les corps et ouvrent la porte à l’intime. On est dans le vrai. Les situations ont une résonance bouleversante comme les discussions vides de banalités qui tournent en boucle.

L’esprit Deschiens rejoint le burlesque des Chiens à l’instar des logorrhées monocordes de Saladin que personne n’écoute. On jubile aux hystéries de Judith Siboni qui enchaîne les tentatives de suicide gaguesques. Les va-et-viens entre l’absurde et l’ultra-vrai ballottent les spectateurs dans un tragi-comique ubuesque.

Photo prise pendant l’entrée du public

Cette thérapie familiale se ponctue par un joli moment de poésie mené par une douce confession entre un papa sapin de Noël et son fils. Un retour au calme tout en douceur. Tout le monde ne peut pas être orphelin, un nouvel épisode satirique de notre temps au cœur de l’actualité.

Les salles affichent souvent complet, alors munissez-vous de votre sésame rapidement, les dates ne manquent pas : du 14 au 15 décembre 2019 au POC Alfortville, du 18 au 20 décembre 2019 Nouvelle Scène Nationale de Cergy-Pontoise, du 9 au 18 janvier 2020 à la MC93, du 21 au 28 janvier 2020 au ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie, du 5 au 6 février 2020 au Manège scène nationale de Maubeuge, du 11 au 15 février 2020 au Volcan scène nationale du Havre, du 26 au 27 mai 2020 la Comète scène nationale de Châlons-en-Champagne et du 2 au 14 juin 2020 au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris.

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