L’Opposition, Mitterrand vs Rocard

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Le titre suggère un rapport de force équilibré entre les deux hommes. Sur la scène du Théâtre de l’Atelier, l’affrontement penche en faveur du sphinx. Un soir d’automne 1980, Mitterrand reçoit Rocard dans son bureau en vue de l’investiture socialiste pour les présidentielles. La figure mitterrandienne avec le contrepoint rocardien. Si le duel a bien eu lieu, la reconstitution littérale de Georges Naudy est une fiction. Eric Civanyan a mis en scène ce texte truculent. Mardi 14 Janvier, la première de cette comédie politique a reçu un accueil très élogieux.

 

@ Maria Letizia Piantoni

D’abord l’histoire, la vraie

A l’aube des présidentielles de 1981, la droite est divisée, une opportunité pour la gauche qui cherche son représentant. Un récit en trois actes. D’abord, Rocard présente sa candidature depuis la mairie de Conflans-Sainte-Honorine, le 19 Octobre 1980. Mitterrand riposte lors d’une fête de la rose à Marseille ; il est candidat quelques jours plus tard. Les confrontations sont vite stoppées à la faveur du député de la Nièvre. Le 24 janvier, Mitterrand est élu par le PS. La suite, nous la connaissons tous. Attaque-parade-riposte, une phrase d’armes transformée en joute verbale brillamment interprétée par les comédiens Philippe Magnan et Cyrille Eldin.

Théâtraliser la rivalité

Le rideau se lève sur le bureau de Mitterrand, rue de Bièvre. La scénographie d’Edouard Laug concentre des symboles forts. Une étroite bibliothèque de livres grenat est dressée verticalement jusqu’aux cintres. Allégorie du savoir mitterrandien. Au centre, le bureau est placé perpendiculairement à la salle. Les deux hommes sont de profil comme lors d’un duel. Côté jardin, une grande fenêtre est suspendue, symbole du regard de Mitterrand sur la France. A cour, une chaise longue de psychanalyste sert de réconfort à Rocard, victime d’un malaise. Un décor sobre et percutant.

@ Maria Letizia Piantoni

Une dramaturgie étoffée au service d’une comédie politique

Le texte est truffé de citations, d’anecdotes et de références historiques. Les tacles fusent avec ironie à l’instar de cette flèche, « on imagine difficilement une avenue Rocard ou même un boulevard portant votre nom. Peut-être à la rigueur, une impasse… » La violence des attaques est apaisée par le sarcasme et l’ironie. Le vouvoiement est de mise ; ce qui renforce la méprisante politesse. Le La est donné.

Rocard est bousculé mais il ne se démonte pas. Plus loin dans l’échange, il agresse Mitterrand sur son passé douteux, ses relations avec Bousquet et son passé algérien. On compte les points mais on sent bien que Mitterrand est au-dessus de la mêlée. Plus distant et silencieux, il manipule finement son adversaire.

D’abord, il l’affaiblit en le faisant boire du vin blanc des Charentes. Les verres s’enchaînent jusqu’à faire vaciller Rocard. Le sphinx manipule ; un rôle qui va comme un gant à Philippe Magnan. Il l’avait déjà interprété dans le téléflim Changer la vie de Serge Moati. En opposition, la résonance Rocard-Eldin, très bon comédien par ailleurs, est moins évidente. Deux incarnations, deux tempéraments et deux visions de la politique.

@ Maria Letizia Piantoni

La dialectique du pragmatisme et de l’idéologie

Mitterrand l’idéologue. Rocard le pragmatique. Deux psychologies et deux visions de la politique. Mitterrand veut rompre avec le capitalisme. Rocard, l’économiste, s’accroche aux chiffres. L’un est silencieux. L’autre exulte. Le face à face déploie deux figures politiques qui se rejoignent notamment sur la peine de mort.

A la leçon d’économie de Rocard, Mitterrand riposte par des citations : Lamartine, Spinoza et Churchill. Au fil de l’échange, la figure de Mitterrand se dessine en surplomb. L’enjeu pour sa campagne est de « Respecter la France ».

Un brin d’émotions et de nostalgie ponctue ce combat de coqs. Sans dévoiler l’issue de la pièce, la scène finale est un vrai coup de cœur.

Cette opposition est nécessaire à la mémoire collective comme l’était le spectacle d’Olivier Py, Adagio, Mitterrand le secret et la mort, en 2011. Enfants des années 80, nous nous sommes délectés à regarder cet épisode de l’histoire.

L’Opposition Mitterrand vs. Rocard est jouée jusqu’au 16 Février.

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