Monstrueusement humains

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Sarah Gabrielle a incontestablement un formidable talent pour la création de spectacles jeune public. Quasimodo, le bossu de Notre-Dame en est une nouvelle démonstration. Adapté du roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, la dernière pièce de la Compagnie du Mordoré fait trembler les murs du Théâtre rouge au Lucernaire. Cette adaptation du roman fascine tant le récit concentre l’essentiel de l’histoire et dessine des personnages très charismatiques. Les séquences musicales apportent de la légèreté à la pièce qui au final n’est pas des plus joyeuses.

@ Grégoire Lacombe

Après le triomphe Des Aventures Eby entre 2005 et 2008, la compagnie Théâtre Mordoré a enchaîné les spectacles jeune public avec toujours autant de réussite. Inspirées des figures héroïques de notre enfance, ses créations ont exploré des univers extravagants comme celui de Hercule, de Robison crusoé ou de Zazie dans le métro.

Alors que la charpente de Notre-Dame brûlait, Sarah Gabrielle et Alexis Consolato étaient plongés dans l’écriture théâtrale de leur Quasimodo. Quelques mois ont suffi pour donner naissance à ce fabuleux spectacle au Lucernaire.

Dans la charpente de Notre-Dame

Au commencement, une petite lumière réveille un jeune garçon endormi sur deux cadavres enlacés. L’ambiance mortifère devient vite joyeuse lorsque le gamin s’anime. La scène s’illumine avec la bouille étincelante de la comédienne cachée sous les habits du petit gamin ressemblant à Gavroche. Avec beaucoup de vitalité, Joëlle Luthi endosse deux rôles, d’abord celui de Victor Hugo enfant puis celui d’une gargouille.

@ Grégoire Lacombe

A cour, une imposante structure en bois représente l’intérieur d’une tour. A jardin, on imagine les rues de Paris. La scénographie fractionne donc la scène en deux espaces. La Cathédrale apparaît sur deux étages. En haut, la charpente, où l’on sonne les cloches, est l’univers de Quasimodo. En bas, la nef est celui de Frollo, l’homme d’église. Symboliquement, le haut paraît plus fort et lumineux alors que le bas plus obscur et étroit.

La cathédrale est judicieusement représentée avec notamment la projection au sol d’ombres représentant des dessins de vitraux. Deux grosses guindes tombent des cintres pour représenter les cloches.

La verticalité de la charpente offre à ses occupants un magnifique terrain de jeu accrobatique. Quasimodo et la gargouille escaladent la structure comme des bêtes en grimpant avec beaucoup de virtuosité et d’élasticité.

Des personnages très charismatiques

Ces acrobaties leur confèrent une étonnante animalité qu’ils incarnent admirablement, chacun dans un style propre. Très légère, la gargouille dégage une drôle d’étrangeté avec son corps fluet et sa voix rocailleuse. La perspicacité et l’énergie du personnage contraste avec la monstruosité de Quasimodo. Sa difformité suscite beaucoup d’empathie. Ces deux créatures dégagent d’ailleurs plus d’humanité que les deux hommes : Frollo et Phoebus.

Au final, la belle représentation de Notre-Dame de Paris animée par des comédiens étincelants est une délicate célébration du roman de Victor Hugo. L’amorce de la pièce avec Victor-Gavroche étreignant les squelettes enlacés de ses héros est aussi un joli hommage au poète.

Quasimodo le bossu de Notre-Dame est à l’affiche du Lucernaire jusqu’au mois d’Avril les mercredi et le week-end. Allez-y les yeux fermés !

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