Oumar par omar (Porras)

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Une boule à zéro, un petit corps sec et tonique, des billes noires pétillantes flanquées au-dessus d’un nez pointu, le tout porté par une voix latine fascinante. Omar Porras raconte l’exil du petit Oumar Tutak. En cette fin de festival d’Avignon, le bonhomme taquine son public dès la file d’attente du 11 Gilmanesh. Sur un plateau presque vide, seul un arbre et un rocher occupent l’espace, le comédien et metteur en scène transporte le public dans ses mondes. Les mots sont de Fabrice Melquiot, directeur du Théâtre Am Stram Gram de Genève, une salle dédiée aux spectacles pour la jeunesse où ils ont créé Ma Colombine.

Héritier du théâtre pauvre

Omar Porras est une figure majeure du théâtre physique. Il a travaillé avec Ariane Mnouchkine et Peter Brook, puis avec Jerzy Grotowski auteur de Vers un théâtre pauvre. Sur scène, place à l’essentiel : le comédien. La métaphore physique est au cœur de son acte poétique. Ses mains se transforment en plumes d’oiseaux. Puis, ses doigts formeront les stries lumineux du métro parisien. A travers Omar, tous ses fantômes sont invités à la célébration. Au début, le comédien oscille entre le petit garçon de Bogotá terrorisé et son maître d’école autoritaire. Sa mère analphabète insiste pour qu’il apprenne l’écriture. Le soir, son père raconte la légende cauchemardesque de « la mujer con la pata floja ». Les souvenirs défilent ainsi jusqu’à l’appartement parisien de Liliana. De rêveries en péripéties, le petit Oumar Tutak trouve finalement son nid. « Le théâtre, c’était là [sa] maison. » Une maison qu’il a établi à Genève dans un squat où il a créé le Teatro Malandro en 1990.

Les mots d’un clown joyeux

Le texte de Melquiot retentit avec musicalité dans la langue d’Omar. Du français à l’espagnol, les mots sont des pépites colorées. Le comédien danse et fait danser le texte avec légèreté. Omar raconte « l’histoire d’un petit colombien sur le trottoir de Bogotá. Il a les mains dans les poches et les yeux au ciel. » Son phrasé rend le mot petit précisément minuscule. Lorsqu’il rencontre la lune, celle-ci lui demande s’il prie. Oumar répond qu’il « prie. Dans [son] théâtre vide. Et quand il se remplit, quand les gens viennent l’habiter pour le spectacle, [il] continue de prier ». Les métaphores se bousculent telles des images. La lumière et des sons figuratifs structurent le récit. La poésie est son fil rouge comme ce voyage chamanique où « s’ouvrent en [lui] les feuilles d’un goyavier ». Il raconte. « Et j’entre en elles. Je marche le long des nervures, jusqu’au village de mes ancêtres. Là, je me transforme en oiseau, je plane sur ceux de mon sang, puis je deviens l’esprit et je me survole moi-même. Je vois tout. Tout devrait toujours commencer par le ciel. Là ! Là, c’est le petit Oumar, c’est lui ! Il est là. Est-ce que vous le voyez ? » Oui, on a tout vu ! Le petit Oumar, la Colombie en guerre et la jungle parisienne. Nous avons vu ses mondes puisque « le monde (notre monde) n’est jamais prêt à la naissance d’un clown ».

© Ariane Catton Balabeau

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