Paradoxe sur le comédien

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Paradoxe sur le comédien de Denis Diderot est un texte fondateur de la pensée théâtrale sur le jeu d’acteur. Écrite en 1830, la réflexion du philosophe prend la forme d’un dialogue entre deux interlocuteurs dont l’un sert d’appui à l’argumentation de l’autre. Patrick Rouzaud a mis en scène une adaptation de cet essai. Dans la petite salle du Théâtre de la croisée des chemins, deux comédiens énoncent avec beaucoup d’habileté la pensée du philosophe. Après le Off d’Avignon en 2019, Le Paradoxe sur le comédien est joué dans ce petit théâtre niché en haut de Belleville à Paris.

@ Antoine Lhonoré-Piquet

La pensée de Diderot

Selon Diderot, « le grand comédien observe les phénomènes ; l’homme sensible lui sert de modèle, il le médite, et trouve, de réflexion, ce qu’il faut ajouter ou retrancher pour le mieux. » Le grand acteur a un modèle qu’il copie et reproduit. Paradoxalement, le grand acteur est celui qui joue de sang-froid et non de sensibilité. En s’identifiant à son personnage, l’homme sensible s’épuise et il devient médiocre.

La quintessence de l’essai a été extraite pour une traversée didactique dans la pensée du philosophe. La justesse des comédiens donne à entendre clairement une pensée fondatrice du métier de comédien. La distanciation brechtienne repose notamment sur ce postulat. Un texte dense donc qui mérite de la respiration. Au milieu de la représentation, deux scènes dramatiques jouées arrivent à point nommé pour soulager l’attention des spectateurs. Une pause bien utile à la concentration.

Un jeu délicat et sincère

Les deux comédiens dégagent une grande générosité. Sans arrogance, ils développent la pensée qu’ils ont eux-mêmes apprivoisée. On ressent une grande connivence et beaucoup d’écoute de part et d’autre. Les mots passent de l’un à l’autre de manière fluide.

La scénographie évoque un échiquier sur lequel les deux penseurs dialoguent. La pensée dialectique de Diderot prend la forme symbolique du jeu d’échec. Un voile blanc sépare le lointain de la face autour duquel les comédiens se déplacent parfois de manière hasardeuse. Une heure de discussion leur a ouvert l’appétit. L’appel du souper sonne la fin de leur échange.

@ Antoine Lhonoré-Piquet

Avec une grande générosité et une très belle énergie, Mahmoud Ktari et Grégoire-Gabriel Vanrobays portent une pensée incontournable à la formation d’acteur. A défaut de plonger dans la lecture de Diderot, rendez vous au Théâtre de la croisée des chemins – salle Belleville jusqu’au 8 mars 2020.

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