Scala de Yoann Bourgeois

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Scala a été créé à l’occasion de la réouverture de la salle parisienne éponyme en septembre 2018. Le metteur en scène, formé au Centre national des arts du cirque, a composé une chorégraphie de corps disloqués pour sept circassiens-danseurs. Dans un décor inspiré de la Scala parisienne, les artistes nous transportent dans une rêverie en estompant la réalité physique du plateau.

copyright: Geraldine Aresteanu

Une dislocation des corps et des objets

Dans une atmosphère kafkaïenne, sept corps désarticulés dansent au rythme d’une musique de Radiohead. Au départ, un jeune homme entre sur la scène par une porte située à jardin. Il éteint la lumière du théâtre, ce qui plonge la salle dans le noir. Il actionne à nouveau l’interrupteur pour éclairer la scène d’une pénombre bleue profond. Un deuxième jeune homme, habillé avec la même chemise à carreaux et un jean bleu, apparaît. D’autres personnages identiques font étrangement leur apparition à leurs côtés. Les corps se déplacent machinalement comme des automates avec le même tempo. Leurs mouvements sont parfois freinés par des chutes ou des changements de direction inattendus. Lorsqu’ils tombent au sol, les danseurs ressemblent à des marionnettes dont on aurait coupé les fils. Cette dislocation se transmet au mobilier présent sur le plateau, notamment une commode, deux chaises et une table situés dans ce qui semble être une cuisine. Deux danseuses rejoignent cette chorégraphie qui oscille entre absurdité et onirisme. La scénographie et les danseurs se déconstruisent et se recontruisent tout au long du spectacle. La performance des sept danseurs repose sur leur faculté à défier la gravité et à continuellement désarticuler leur corps. En fin de spectacle, ils offrent le sublime tableau d’un ballet de corps allongés glissant mollement de haut en bas sur les marches de l’escalier central : Scala.

copyright: Geraldine Aresteanu

La poésie de la mécanisation crée un univers absurde

Tels des personnages de Tati, les danseurs créent des situations
curieuses comme des déambulations synchronisées sur un plateau complètement ouvert où l’on aperçoit les coulisses et la technique ou bien l’apparition d’une dizaine de mains sur le sol qu’un danseur essaie de faire disparaître en les balayant. Ces tableaux relèvent de l’absurde car ils sont dénués de bon sens. Au début, l’apparition des personnages clonés renforce le sentiment de curiosité sur une scène déjà énigmatique qui fait penser à l’univers de MC Escher. La géométrie de l’espace, la régularité et les itérations des déplacements donnent une dimension métronomique voire arithmétique.

Les rebonds des corps sur les trampolines introduisent de la légèreté aux mouvements et une perte de repères acrobatiques. La performance physique ne relève pas de la prise de risque ou d’une prouesse acrobatique. Elle réside dans le travail du groupe et dans la maîtrise d’une gestuelle alternant relâchement et contraction. La force du collectif dépasse les individualités.

Plus proche de la danse que du cirque contemporain, Scala est une douce rêverie acrobatique chorégraphiée. Les spectateurs en sortent joliment bercés, plutôt réconfortant dans un monde de bruts.

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