Supervision, voir l’invisible

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« À genoux ! Les bras en l’air ! Accroupi ! En torsion latérale ! Chaud devant, chaud ! À genoux ! Les bras en l’air ! Accroupi ! En torsion latérale ! Exécution ! Chaud devant, chaud ! Les serveurs exécutent les ordres du maître d’hôtel. » Une mécanisation du langage pour faire écho à celle du travail dans les hôtels de luxe. La pièce Supervision pointe un management déshumanisé dans l’hôtellerie. Un texte de Sonia Chiambretto mis en scène par Anne Théron. Cette approche clinique du geste et des relations humaines est portée par trois comédiens, dont la remarquable Julie Moreau. Supervision est joué au Théâtre 14.

©Jean-Louis Fernandez

Standardiser la fonction jusqu’à la chorégraphier

Les comédiens incarnent tour à tour des femmes de chambre, des serveurs, des barmen, ou des cuisiniers comme des pantins manipulés. Au cour d’une longue séquence, un professeur fait l’appel dans une école d’hôtellerie. Dos au public, deux comédiens répondent à leur formateur placé face public. Un ping-pong humiliant pour les élèves qui reçoivent frontalement la violence de la hiérarchie. Les nombreuses itérations rallongent le temps. La situation s’étire. Le rythme s’essouffle.

Puis, d’autres séquences s’enchaînent en mettant l’accent sur la répétition des tâches allant jusqu’à l’épuisement des personnages. Les itérations installent une monotonie jusqu’à une petite lassitude. Une chorégraphie métronomique naît de cette standardisation des mouvements. Les comédiens tiennent le rythme dans une danse désincarnée réalisée avec Claire Servant.

Les employés anonymes

L’uniformisation des corps efface les personnalités comme les costumes noir et blanc. L’absence de couleurs s’étend aussi à la scénographie qui dégage une atmosphère abstraite.

Devenus anonymes, les employés se suivent de séquences en séquences. Un défilement de situations à la manière d’un reportage qui met l’accent sur la quantité de cas. Une approche quantitative donc au détriment d’une observation individuelle approfondie. La comédienne parvient toutefois a dégagé des émotions lors de ses témoignages.

©Jean-Louis Fernandez

La mécanisation du système dans son ensemble s’impose. On aurait aimé une analyse plus qualitative du sujet. Le public est embarqué dans un rythme ronronnant qui lasse un peu sur la durée et qui manque d’émotions.

Un accueil très cosy au Théâtre 14

Supervision est joué au Théâtre 14, très joliment rénové dans le sud du 14è arrondissement de Paris. Une équipe très accueillante s’occupe de cette salle dont la programmation est prometteuse : Théâtre 14.

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