Une Louise aux gants de velours

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Certains artistes dénoncent la perte d’humanité liée au capitalisme par des images chocs. Louise au parapluie frappe au même endroit avec une subtile délicatesse tout en visant juste. La très charismatique Myriam Boyer est Louise, une ouvrière débordante de bon sens. Emmanuel Robert-Espalieu a réussi l’écriture et la mise en scène d’une comédie sociale très actuelle. Ce joli bijou a rayonné au festival Off d’Avignon 2019. De quoi réchauffer les cœurs parisiens pendant les fêtes au Théâtre du Gymnase Marie Bell.

Un choc de générations

Sur les grands boulevards, Louise au parapluie se joue dans la salle du Petit gymnase située dans les caves du Théâtre du gymnase. Un escalier sinueux nous mène au sous-sol du charmant théâtre parisien. Une chanson de Janis Joplin retentit pour accueillir les spectateurs, à tel point que nous peinons à entendre l’ouvreur sollicitant l’extinction des portables. Les gros rideaux de velours rouge ouvrent sur une cuisine années 70 où trônent une table en formica et un mémorable papier peint orange. Ambiance Peace and Love chez Louise.

Accès à la salle

La scène ouvre sur un conflit de générations entre Louise et son fils Antoine. Elle a trouvé du sens à sa vie en réalisant des parapluies dans une usine alors qu’il gagne sa vie en faisant la promo de survêtements sur sa chaîne youtube. Pour Louise, « l’argent n’explique pas tout, [il] a l’air bien con. » La douceur de la comédienne efface la grossièreté. Les mots sont simples. Les intentions sont justes. A coups de pics saignants, Louise cogne finement sur cette génération en perte de sens. Pour notre plus grand plaisir, elle ne tombe pas dans la donneuse de leçon. Portés par sa bienveillance, on sourit à ses adages : « Les parapluies, c’est comme les gens. Si tu en prends soin, ils sont là pour te protéger. »

Coïncidence ou réflexions croisées sur la perte de sens de cette génération web, la pensée de Louise fait échos avec celles des parents dans Gloria mundi de Robert Guédiguian. A l’instar du cinéaste qui écrit pour sa troupe, Emmanuel Robert-Espalieu a dessiné le personnage de Louise pour Myriam Boyer. Le rôle lui va comme un gant. Un gant de velours pour une main de fer.

@ Vincent Marin

Un jeu réaliste

Myriam Boyer ne joue pas Louise, elle est Louise. Louise-Myriam est aussi tendre que déterminée. Elle est la soyeuse colonne vertébrale du spectacle. Sa présence est d’une rare intensité. Prune Litché et Guillaume Viry lui emboîtent finement le pas. Les deux comédiens gravitent autour d’elle avec beaucoup d’humilité et de délicatesse.

Seule sur scène, elle prend tout l’espace et son visage s’illumine. Elle installe une simplicité de jeu qui rend très lisible les changements de lieux. On suit les réflexions de Louise de sa cuisine à l’usine et dans la rue.

L’alignement du texte, des comédiens et de la mise en scène font de Louise au parapluie une pièce très harmonieuse. C’est un vrai plaisir d’aborder des sujets aussi graves au travers d’une mélodie pleine de douceur et de bienveillance. Ne ratez pas cette jolie comédie humaine et cette grande comédienne au Théâtre du Gymnase jusqu’au 3 Janvier.

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