Z’humains !

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« Je sais pas si tu te rends compte madame, monsieur, que le monde il est en train de se casser sérieusement la margoulette. » Derrière sa naïveté enfantine, Emma la clown cache une grande perspicacité. Pour la conférence Z’humains ! créée en 2015, elle est accompagnée de Catherine Dolto, fille de Françoise. Avec malice, elles exposent, à l’aide d’un poyer pount, un message drôlement pessimiste sur l’état de notre planète. Leur discours s’appuie sur les témoignages de l’astrophysicien Hubert Reeves, du militant écologiste José Bové et du moine bouddhiste Matthieu Ricard. Cinq ans après sa création, l’exposé a un petit goût de tout le monde en parle. Heureusement, l’immense talent de Meriem Menant, Emma la clown, tient le spectacle sur la grande scène du Théâtre Libre.

@ Pascal Gely

Emma la grande classe

Le personnage d’Emma la clown a été créé en 1991. La comédienne Meriem Menant, formée à l’école Jacques Lecoq, évolue en solo sous le nom d’Emma la clown depuis bientôt 30 ans. Extrêmement rôdé, son clown séduit immédiatement tant ses mimiques sont attendrissantes et son corps est expressif. Elle manipule avec beaucoup d’adresse les ruptures. Son discours est souvent improvisé avec une grande vivacité d’esprit.

Derrière une apparente douceur, elle pique avec beaucoup de justesse. Un gros nez bordeaux grisé, un chapeau cloche noir, une jupe sous les genoux et une cravate perestroïka, elle joue franc jeu. Sans chi-chi, Emma est culottée à la limite du sans gêne. Elle fonce. Lorsqu’elle parle anglais, on jubile.

A ses côtés, Catherine Dolto est elle-même, généreuse. Elle dégage douceur et bienveillance. Deux personnalités très sympathiques pour une drôle de conférence mise en scène par Kristin Hestad.

@ Pascal Gely

La terre a mal…

Les deux conférencières équipées de masques à gaz investissent le plateau. L’annonce du programme est une longue liste de problèmes : la déforestation, la sécheresse, les typhons, les ouragans, les cyclones, les gaz à effet de serres, le réchauffement climatique… La terre a mal. La nature manifeste les symptômes de ce mal-être. Remontant à la naissance de l’humanité, les deux comparses démontrent que le capitalisme est le détracteur. Certes.

… on le sait

Alors que le GIEC multiplie les rapports alarmants et que Greta traverse les océans en voilier, il est impossible de passer à côté de ces mauvaises nouvelles. En 2020, la terre va mal. On le sait. Malgré l’originalité de la mise en scène et les sérieuses références, le rythme s’essouffle à la moitié de la représentation. Serais-je lassée des incitations pour abandonner les bouteilles en plastique et diminuer ma consommation de viande ?

En 2015, Catherine Dolto pensait déjà que « les humains ne sont pas si bêtes qu’on croit, ils vont réagir ». Cinq plus tard, son message est intact malgré la prolifération des messages. Sur la scène du Théâtre Libre, ces alertes avaient un air de déjà entendu. Heureusement, Emma la clown est un véritable coup de cœur. Son talent est exceptionnel. Sans quoi, ce spectacle aurait été très ennuyeux.

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